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Ou s'en va l'économie - Février 2010
 

Au sujet de la Banque

Où s'en va l'économie?

« Les récents événements ont marqué un tournant décisif. Une restructuration massive et soutenue de l'économie mondiale s'est amorcée. Le Canada entame cette période muni de nombreux atouts, mais les efforts qu'il nous faudra consentir seront sans précédent.  »

Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada,
le 28 septembre 2009
Victoria (Colombie-Britannique)
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Le retour à la croissance

La reprise est en cours au Canada, après deux années marquées par la plus grave crise financière et économique mondiale à survenir depuis la Grande Dépression. Le retour à la croissance est soutenu par les interventions de politique monétaire de la Banque du Canada (qui a amené les taux d'intérêt à des creux inégalés), les mesures de relance économique du gouvernement ainsi que l'augmentation de la richesse des ménages, l'amélioration des conditions financières, le renchérissement des produits de base et le regain de confiance de la part des entreprises et des consommateurs.

Après s'être fortement contractée durant les neuf mois qui ont précédé juin 2009, l'activité au Canada a enregistré des gains modestes au troisième trimestre (de juillet à septembre). La demande intérieure a connu une vive expansion, mais la croissance globale s'est ressentie de la faiblesse des exportations nettes (principalement en raison d'une hausse marquée des importations). Le marché du travail a également montré des signes d'amélioration récemment. La Banque prévoit encore un repli de l'économie pour l'ensemble de l'année, mais elle s'attend à ce que la croissance s'enracine plus solidement en 2010 et à ce que l'inflation revienne à la cible de 2 % au deuxième semestre de 2011.

Le retour à la cible d'inflation

L'inflation mesurée par l'indice global des prix à la consommation a très légèrement augmenté (de 0,1 point de pourcentage) entre octobre 2008 et octobre 2009, ce qui est largement conforme aux projections de la Banque, mais bien en deçà du taux de 2 % qui constitue sa cible de maîtrise de l'inflation. La situation tient en grande partie au recul des prix de l'énergie et à l'ampleur de la marge des capacités de production excédentaires (inutilisées) dans l'économie. Cette marge, appelée « écart de production », devrait être résorbée au second semestre de 2011, de sorte que l'inflation devrait retourner au taux visé de 2 %.

Le maintien de l'inflation au taux cible est le principal objectif de la Banque du Canada. La Banque influe sur l'inflation au pays en relevant ou en abaissant son taux directeur, le taux cible du financement à un jour. Ce taux est celui auquel la Banque s'attend que les institutions financières s'emprunteront ou se prêteront des fonds pour une durée d'un jour. Les variations du taux directeur se répercutent sur les autres taux d'intérêt dans l'économie et contribuent à freiner ou à stimuler l'activité au besoin, arrimant ainsi l'inflation au taux visé.

Comme toujours, la projection de la Banque pour l'économie et l'inflation comporte des risques. Du côté des risques à la hausse, la demande mondiale et la demande intérieure pourraient s'avérer plus fortes que prévu. Du côté des risques à la baisse, il se pourrait que la reprise mondiale soit plus lente et plus faible qu'escompté et qu'une vigueur persistante du dollar canadien ait une incidence sur la croissance économique.

C'est à travers le prisme de la réalisation de la cible d'inflation que la Banque examine l'ensemble des variables économiques, dont le taux de change. Lorsque le dollar canadien s'apprécie, il devient plus difficile pour le pays fortement tributaire des exportations qui est le nôtre de vendre ses produits à l'étranger, en particulier sur les grands marchés américains, et il devient moins coûteux d'acheter des produits importés au lieu de ceux fabriqués au Canada. La Banque a averti qu'une vigueur persistante du dollar pourrait exercer un effet modérateur prononcé sur la croissance et le retour à la cible d'inflation.

Soutenir le retour à la croissance

Au cours des deux dernières années, la Banque du Canada a pris plusieurs mesures en vue d'atténuer les tensions financières, de stimuler l'activité économique et de ramener l'inflation au taux cible.

  • Elle a mis en place un éventail de mécanismes exceptionnels temporaires visant à procurer aux institutions financières solvables des fonds qu'elles doivent rembourser, afin de les aider à respecter leurs obligations à court terme et à continuer d'accorder du crédit aux entreprises et aux ménages canadiens. Ses mécanismes d'octroi de liquidités ont contribué à réduire les coûts de financement des banques commerciales, ce qui a permis à celles-ci d'abaisser les taux d'intérêt sur leurs prêts destinés aux Canadiens. À la fin de 2009, la Banque a déclaré que la demande à l'égard de ces mécanismes avait faibli compte tenu de l'amélioration des conditions sur les marchés, et elle a aboli deux d'entre eux.
  • La Banque a abaissé son taux directeur de 425 points de base depuis décembre 2007. En avril 2009, le taux cible du financement à un jour a touché le creux historique de ¼ %, son niveau le plus bas possible. La Banque a aussi pris l'engagement de maintenir ce taux à ¼ % jusqu'au deuxième trimestre de 2010, sous réserve des perspectives de l'inflation. Depuis avril, elle a réaffirmé cet engagement conditionnel à maintes reprises.
  • Dans un contexte où le taux directeur est à son niveau le plus bas possible, la Banque a indiqué qu'elle conservait une flexibilité considérable s'il devenait nécessaire de fournir une impulsion additionnelle à l'économie. Dans la livraison d'avril 2009 du Rapport sur la politique monétaire, elle décrit les instruments non traditionnels (assouplissement quantitatif et assouplissement direct du crédit) dont elle pourrait envisager de se servir ainsi que les principes qui guideraient l'utilisation de tels instruments.
Le Canada dans le contexte mondial

Dans une perspective d'avenir, il est important de reconnaître ce qui suit :

  • L'économie canadienne dispose d'atouts fondamentaux et n'a pas été sujette aux excès commis ailleurs. Par exemple, le système financier du Canada est plus stable et la situation financière des ménages est généralement meilleure ici que dans les autres économies industrialisées.
  • Cela dit, le Canada a une économie très ouverte, qui dépend fortement du commerce extérieur et qui est étroitement liée aux marchés financiers internationaux. La reprise au pays est donc largement tributaire du succès des mesures adoptées à l'étranger, en particulier aux États-Unis, pour atténuer les tensions financières et dynamiser l'activité.

Les initiatives que les décideurs publics canadiens ont prises pour faire face à la crise financière et économique l'ont été de concert avec d'autres grands pays du G8 et du G20 afin de stimuler la demande et de maintenir les flux du crédit. Des réformes ambitieuses à long terme sont aussi en voie d'élaboration à l'échelle internationale et ont pour but de renforcer les systèmes financiers nationaux par la réduction des risques systémiques.

La reprise a beau être en cours au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, il reste que les améliorations résultent en grande partie des mesures de relance exceptionnelles engagées par les autorités, c'est-à-dire des taux d'intérêt historiquement bas et des dépenses publiques élevées.

« À moyen terme, un transfert difficile devra s'opérer : la croissance devra être favorisée par le secteur privé et non plus par le secteur public », a soutenu le gouverneur Carney dans un discours prononcé devant la Chambre de commerce du Grand Victoria en septembre 2009. « À long terme, la restructuration fondamentale dont fera l'objet l'économie mondiale rendra la conjoncture économique difficile », a-t-il ajouté.

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